
Quel bel après-midi. Il fait beau. J’ai du temps à flâner dans les rues piétonnes. Les vitrines m’attirent. Elles présentent les nouveaux vêtements pour la prochaine saison. Des nouvelles teintes, nouvelles coupes, nouvelles matières. Certains articles me tapent dans l’oeil. J’hésite. Est-ce que j’en ai besoin ? Est-ce que j’en ai envie ? De quoi sera fait mon dressing ? Par quoi faudrait-il le compléter ? Comment pourrais-je renouveler mon style ? Mes pensées se balancent entre mes besoins et mes envies. Pas si facile de les distinguer.
Entre nos besoins et nos envies, où est la frontière ?
Tous les deux sont des ressentis. Et pourtant un besoin c’est tout ce qui nous semble nécessaire, comme manger, dormir, se sentir en sécurité, être relié aux autres. Alors qu’une envie ne semble pas nécessaire mais sa satisfaction nous fait du bien, nous procure du plaisir.
Dite ainsi, la distinction semble simple. Dans les faits, elle l’est beaucoup moins. Nous sommes des êtres sociaux, dont le besoin de reconnaissance peut facilement glisser vers un désir de statut, d’admiration même. La situation inverse est aussi possible. A force de satisfaire une envie jour après jour, celle-ci peut s’imposer comme une nécessité. C’est le cas, par exemple, du café au saut du lit.
Le piège de la société de consommation
Le marketing joue joyeusement de cette confusion entre besoin et envie. Tous les leviers psychologiques sont mis en œuvre pour créer en nous l’impression que nous avons des besoins qui doivent absolument être satisfaits, alors qu’il s’agit souvent d’un leurre. Besoin d’être à la mode pour se sentir plus à l’aise et réussir dans la vie, besoin de nouveaux outils informatiques pour mieux travailler ou regarder des films d’une meilleure qualité, besoin de robots ménagers pour se simplifier la vie.
Les réseaux sociaux accentuent les stratégies avec des publicités accrocheuses, avec des youtubeurs et youtubeuses convaincantes, jouant de notre désir de comparaison et de notre impatience en nous offrant des rabais dans l’immédiateté.
Où en est notre bien-être financier ?
Cette confusion entre besoin et envie a un coût très concret : celui de notre équilibre financier. Beaucoup de tensions liées à l’argent ne viennent pas d’un manque de revenus. Elles viennent de notre difficulté à distinguer ce qui est nécessaire et ce qui est désiré. Dès lors, lorsqu’un désir se fait passer pour un besoin, il échappe à toute réflexion : on ne discute pas ce qui semble vital, on le paie.
Le bien-être financier ne dépend donc pas seulement de l’argent qu’on a à disposition, mais aussi de notre capacité à distinguer nos besoins réels de nos envies. Nos besoins réels ? Tout d’abord sécuriser tout ce qui est nécessaire (se loger, se nourrir, se soigner, faire face aux imprévus…). C’est ainsi qu’on construit une forme de tranquillité profonde. Nos envies, elles, peuvent alors être satisfaites, mais comme un choix assumé, en toute conscience.
La bonne nouvelle, au présent et au futur
Par l’exercice, au jour le jour, de bien distinguer nos besoins de nos désirs, nous apprenons à mieux gérer nos ressources aussi bien au présent que pour l’avenir. Nous maîtrisons petit à petit nos entrées et nos sorties. Nous constituons, peut-être lentement mais sûrement, des réserves et apprivoisons la vision à long terme.
Nous mettons en place la base d’une stratégie faite de décisions raisonnées et qui répondent à nos besoins. Nous prenons la main sur la satisfaction de nos besoins financiers et nous fixons les priorités qui assurent notre bien-être à long terme.
Revenons à vous
Si vous pensez à la dernière chose que vous avez acheté, était-ce pour répondre à un besoin, à un plaisir se cachant derrière un besoin imaginé ou encore tout simplement pour satisfaire un désir du moment ?
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Tu es une fine observatrice de notre société et de notre pyschologie! Bravo pour cet article. Mon dernier achat: de nouvelles chaussures de vélo. Les miennes ont des trous, je les utilise depuis plus de huit ans chaque jour et pour chaque voyage cycliste. Donc un achat justifié je crois!
Merci Véronique pour cet exemple bien ciblé. Un besoin (confortables, solides, sans trou…) qui a certainement été complété par l’envie que ces nouvelles chaussures soient belles, peut-être même accordées au reste de l’équipement ?
Bonjour Huguette,
tes articles sont toujours un réel plaisir à lire ou à écouter. Cette fois-ci, je prends même le temps de laisser un commentaire.
Cet article me parle particulièrement : hier encore, j’ai longuement hésité devant un nouveau t-shirt… Besoin ? Clairement pas. Coup de cœur ? Oui !
Je suis repartie avec, en sachant exactement pourquoi je l’achetais. Prendre le temps de se poser la question permet déjà de dépenser plus consciemment… sans pour autant renoncer au plaisir.
À bientôt
Voilà où ça nous mène, ma chère Laura. A acheter en sachant exactement pourquoi. Du coup, plus de regret après coup, comme ça arrive parfois. Merci pour cet exemple.
Chère Huguette,
Merci d’avoir suscité chez moi une réflexion stimulante qui m’a permis de clarifier les deux notions – j’ai trouvé ton article très intéressant et bienvenu. Face à un achat, je me pose régulièrement la question “En ai-je besoin ou non ?” – j’ai, du coup, réalisé que je pouvais faire usage du mot “envie” pour qualifier ce qui n’est pas nécessaire ou pas utile dans l’immédiat, et mieux conscientisé l’utilité de cette démarche de “prise de recul” et d’intervention de la rationalité face à une dépense. Et, au-delà de cela, d’intégrer une décision de dépense dans un “tout” , une vision globale de mes projets et de ce que je souhaite être.
Je fais écho à L’aura : la frontière entre “besoin” et “envie” est parfois floue et l’on a, parfois, des coups de coeur pas pour rien : certains achats touchant à l’esthétique, au”beau”, au “bon”, et, quoique pas d’une nécessité absolue, participent à notre sentiment de bien-être et sont certainement indirectement bénéfiques pour la santé (si l’on peut se “permettre” la dépense…
Encore une fois merci, c’est passionnant ces petits pas de prises de conscience 😊
Merci Isabelle pour ton témoignage. Heureuse que cet article t’aie amené à des réflexions qui peuvent être utiles dans tous les domaines de la vie. Chouette que tu fasses le lien avec le commentaire de Laura 🙂
Chère Huguette,
Merci d’avoir suscité chez moi une réflexion stimulante qui m’a permis de clarifier les deux notions – j’ai trouvé ton article très intéressant et bienvenu. Face à un achat, je me pose régulièrement la question “En ai-je besoin ou non ?” – j’ai, du coup, réalisé que je pouvais faire usage du mot “envie” pour qualifier ce qui n’est pas nécessaire ou pas utile dans l’immédiat, et mieux conscientisé l’utilité de cette démarche de “prise de recul” et d’intervention de la rationalité face à une dépense. Et, au-delà de cela, d’intégrer une décision de dépense dans un “tout” , une vision globale de mes projets et de ce que je souhaite être.
Je fais écho à L’aura : la frontière entre “besoin” et “envie” est parfois floue et l’on a, parfois, des coups de coeur pas pour rien : certains achats touchant à l’esthétique, au”beau”, au “bon”, et, quoique pas d’une nécessité absolue, participent à notre sentiment de bien-être et sont certainement indirectement bénéfiques pour la santé (si l’on peut se “permettre” la dépense…
Encore une fois merci, c’est passionnant ces petits pas de prises de conscience 😊
J’ai une amie qui était autrefois…professeur de dessin au Mail…
Il y avait, à cette époque… une classe de garçons … très turbulents… que les professeurs avait de la peine à calmer… et à faire travailler…
Une année… mon amie apprend… à la rentrée… qu’elle avait cette classe…garçons de 15 16 ans… le vendredi après-midi … après une leçon de gymnastique !!! Elle était très ennuyée… et inquiète…
Je l’ai revue… quelque temps après la rentrée… et je lui ai demandé comment allait sa classe de dessin… du vendredi après-midi…
-Très bien… me dit elle.
Elle me raconta… que le premier vendredi… lorsque les élèves entrèrent dans la classe…
après avoir fait connaissance… elle leur dit…
Je sais que vous venez d’une leçon de gymnastique…Vous pouvez être un peu fatigués. et avoir soif…
J’ai une bouteille de sirop et des verres.. Vous pourriez commencer par boire … si vous le souhaitez…
Après cette première pause….. .L’atmosphère de la classe fut paisible et agréable…
Mon amie n’a jamais eu de problèmes avec cette classe.
Quand la bouteille de sirop a été vide… les élèves ont cassé leur tirelire pour en acheter une nouvelle…
Conclusion
Leur premier besoin »corporel » avait été satisfait…
Et ils étaient probablement reconnaissants … voyant que leur professeur ne pensait pas… qu’à son rôle de professeur…
Bien amicalement.
Merci Arlette pour ce témoignage très touchant. Un bel exemple qui nous encourage à chercher à répondre aux besoins des autres pour diminuer leur stress.
Chère Huguette,
Bravo pour ton article, dont l’analyse est tellement juste.
J’ai repensé à mon dernier achat, un bouquet de fleurs il y a quelques jours. J’ai hésité, je n’en avais pas besoin et je n’en achète pratiquement jamais. Mais cette fois, je venais d' »encaisser » une grosse déception et je me suis dit que ces fleurs mettraient un peu de gaieté dans mon salon. Et effectivement, les regarder me fait du bien, c’est apaisant, et en plus, très joli.
Bien amicalement 🌼
Voilà un bel exemple du mélange entre besoin et envie. Bravo Marilou de t’être offert un bouquet de fleurs parce que tu avais besoin de te remonter le moral et parce que tu avais envie de t’entourer de beauté, de présence simple et naturelle, d’odeurs probablement aussi. Merci Marilou pour ton témoignage.