On s’habitue au bruit: mythe ou réalité ?

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L’essentiel en bref : Si vous vous plaignez du bruit du train par exemple, on vous répond « tu t’habitueras ». C’est faux.

Le sujet du bruit m’intéresse car j’y suis très sensible et il me dérange souvent. Une aventure récente m’a ramené quelques souvenirs qui en éveilleront probablement d’autres chez vous. La conclusion que j’en tire est étonnante.

Les bébés de Valavran

J’ai vécu quelques années dans le canton de Genève, dans une belle maison face à un grand champ de blé. Ambiance paisible et agréable, dirait-on. Sauf que les avions atterrissant à l’aéroport passaient au-dessus de ce champ, assez bas. Nous avions des petits enfants qui faisaient des siestes en journée. Des bébés qui dorment, c’est tellement mignon. Mais chaque fois qu’un avion passait, nous les voyions bouger dans leur lit. Ils ne se réveillaient pas, mais leur sommeil était dérangé.

Un bon massage de crâne

Pour fêter un anniversaire heureux nous nous offrons un weekend dans un joli petit hôtel, avec piscine et massages. J’en profite pour expérimenter un massage de crâne. Je suis bien installée. Je me sens tranquille, détendue. A la fin du massage, curieuse de savoir ce que mon corps peut révéler malgré moi, je demande au praticien ce qu’il a constaté. « Votre mari se repose sur un transat devant la grande baie vitrée. On ne l’entend pas mais chaque fois que je le vois tousser (une toux chronique), votre crâne se fige ».

J’ai ainsi commencé à prendre conscience que j’étais impactée, même si je désirais être compréhensive, accueillante et minimiser des gênes que je pouvais ressentir.

A l’ombre d’un grand tilleul

Réunion de famille dans un endroit merveilleux, sous un grand tilleul, surplombant le lac. Je suis au milieu de la grande table. Mon mari s’est assis au bout. Les discussions vont bon train. Tout à coup je regarde mon mari et j’ai l’impression qu’il est fatigué. Je vais vers lui pour lui suggérer de se reposer un peu plus loin. « Ce n’est pas ça le problème mais plutôt que je tousse sans arrêt ». Etonnée, j’ai envie de dénigrer ce qu’il me dit. Mais je demande à ma voisine. Elle confirme « en effet, il a toussé sans arrêt ». 

Ainsi donc, je suis tellement habituée à entendre mon mari tousser que je ne l’entends plus. Mon cerveau ne veut plus y prêter attention. J’imagine que cette situation se passe souvent chez les couples où l’un se plaint d’une gêne et l’autre trouve qu’il exagère…

Chambre à part

Pour un couple, faire chambre à part relève du tabou. Et pourtant. Combien de personnes se plaignent des bruits nocturnes de l’autre ? La solution n’est pas toujours simple car il faudrait disposer d’un lit dans une autre chambre. Je vois pourtant que même lorsqu’une réorganisation serait possible, il y a réticence, et on minimise par souci de compréhension, d’harmonie, de convention parfois. Dommage, car le fait d’être régulièrement réveillé.e empêche de se plonger dans le sommeil profond dont on a tant besoin.

Pour conclure

C’est tout de même fou ces histoires. Notre cerveau nous protège mais notre corps subit et réagit malgré tout. Alors si l’on pense à toutes ces aventures où notre corps a enregistré une sensation que notre esprit s’est dépêché d’oublier, on peut commencer à comprendre des malaises incompréhensibles lorsqu’on prend de l’âge. 

Qu’en dites-vous ? Avez-vous aussi vécu de telles expériences, ou prises de conscience ? Votre témoignage nous intéresse. Merci de le partager avec les autres lecteurs et lectrices.

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6 réponses sur “On s’habitue au bruit: mythe ou réalité ?”

  1. excellente réflexion, cela nous montre combien nous sommes « un » et que vouloir différencier notre « moi » nous amène au final inconfort et parfois même maladie
    bonne semaine

  2. Bonjour Huguette, lorsque j’étais enfant j’habitais à côté d’une gare dans la banlieue parisienne, et bien sûr le bruit des trains nous accompagnait toute la journée et le soir. Puis, je me suis habituée, et il vint un moment où je n’entendais plus que le silence les jours de grève !
    Maintenant que je suis âgée, je ne supporte plus le bruit du tout : et quand des voisins écoutent de la « musique » très fort (celle où l’on n’entend que les basses), je me retrouve à vivre des émotions violentes : colère, rage. D’ailleurs, je sursaute et m’exclame au moindre bruit provoqué par une aidante qui me rétorque de ne pas avoir peur, que ce n’est rien. Mais ce n’est pas rien pour moi. Mon corps tout entier réagit, mon coeur aussi, je savoure le silence dès que je peux en bénéficier. Le bruit est réellement une nuisance très importante à mes yeux. Lorsque je vivais en appartement, il m’est arrivé d’avoir des voisins épouvantables, dont l’homme frappait sa femme. Et les cris que j’entendais me terrorisaient littéralement, sans que je puisse intervenir vu que je ne savais pas de quel logement ils provenaient. Dans ce cas, le bruit était associé à la peur.

    1. Merci Danny pour ces exemples, dans lesquels nombreuses personnes se retrouveront. Tu relèves aussi tout ce que le bruit peut signifier, comme la violence chez les voisins, notre difficulté à localiser parfois et notre impuissance. Oui je comprends bien quand tu dis « mon corps entier réagit, mon coeur aussi ». Cela nous fait fuir des zones « de détente » qui deviennent de plus en plus bruyantes, alors qu’on recherche justement le contraire.

  3. Merci Huguette pour ce texte.
    Je suis également très sensible au bruit et cela peut créer des émotions vives chez moi – je bouillonne à l’intérieur. Un voisin qui fait des travaux dehors le dimanche, des personnes qui écoutent de la musique dans écouteurs dans le train, des personnes qui se disputent et qui crient.
    Je sais bien que c‘est ma sensibilité à moi et que pas tout le monde ressent les bruits de la même façon mais c’est vrai que ça peut me mettre dans des situations de réel inconfort.

    1. Au fond, Séverine, tu as de la chance. Ta grande sensibilité, même si elle te dérange, te permet d’être totalement consciente de ce que ton corps et ton esprit doivent accepter malgré eux. A toi alors de trouver tes solutions pour évacuer ce bouillonnement et retrouver le confort auquel tu aspires justement. Merci Séverine pour ton témoignage. Je suis certaine qu’il sera tout à fait évocateur pour d’autres.

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